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Disparition Cote MA-27-1911

L’affaire d’Abbadie d’Arrast

Le mystère du quai Debilly

Évreux, 1911 : Ferdinand-Guilhem d'Abbadie d'Arrast disparaît ; ses effets sont retrouvés à Paris, quai Debilly. Identifié à Québec selon la presse, il disparaît ensuite de nouveau. En 1922, la justice déclare son absence.

Évreux (Eure) 1911 – 1922 Non résolue

01Résumé

En mai 1911, Ferdinand-Guilhem d’Abbadie d’Arrast, domicilié à Évreux, disparaît au cours d’un séjour à Paris. Son pardessus, ses gants, son chapeau et son portefeuille sont retrouvés sur une passerelle du quai Debilly. La presse envisage d’abord un crime.

Quelques jours plus tard, les journaux annoncent qu’un passager arrivé à Québec sous le nom de William F. Wye, en compagnie d’une jeune femme, a reconnu être d’Abbadie d’Arrast. Les autorités canadiennes le déclarent « indésirable » et annoncent son renvoi en France.

Il ne reprend pas sa vie à Évreux. En 1920, le tribunal de première instance d’Évreux ordonne une enquête sur son absence. Le 24 août 1922, il déclare cette absence, en le disant « disparu depuis le mois de janvier 1915 ». Son sort reste inconnu.

02Contexte

Selon le Journal officiel, Ferdinand-Guilhem d’Abbadie d’Arrast est né à Paris le 5 avril 1870. Il est le fils de Michel Arnauld d’Abbadie d’Arrast et d’Elisabeth-Virginie West-Young. Il est marié à Marie-Christine-Marthe Lasserre de Monzie et domicilié à Évreux, 14, rue Joséphine.

Le Petit Parisien du 12 mai 1911 le dit père de sept enfants et marié à Lourdes. Il écrit : « D’origine basque, M. d’Abbadie résida assez longtemps au Canada, où son père était établi ». Le Matin le présente en 1911 comme le gendre de l’écrivain catholique Henri Lasserre, et en 1922 comme un « riche rentier ».

03Les faits

La disparition de mai 1911

Les effets du quai Debilly

La piste canadienne : le couple « Wye »

Le Matin affirme, dans son numéro du 23 mai 1911, avoir été le premier, le 19 mai, à rapprocher d’Abbadie d’Arrast d’un passager voyageant vers le Canada sous le nom de Wye. Ce numéro du 19 mai n’a pas été consulté.

04L’enquête

Le témoignage de Me Charles Tollu, rapporté en 1922

Ce que l’on sait de d’Abbadie d’Arrast après mai 1911 provient d’une seule source : Le Matin du 9 octobre 1922. Le journal y résume la déposition faite devant le tribunal d’Évreux par Me Charles Tollu, notaire à Paris, « camarade d’enfance » et notaire du disparu. Les lettres dont il fait état n’ont pas été retrouvées.

La lettre de Londres (janvier 1915)

05Les protagonistes

  • Disparu

    Ferdinand-Guilhem d'Abbadie d'Arrast

    Né le 5 avril 1870 ; sort inconnu

    Né à Paris, fils de Michel Arnauld d'Abbadie d'Arrast et d'Elisabeth-Virginie West-Young, domicilié en dernier lieu à Évreux, 14, rue Joséphine (Journal officiel, 2 octobre 1922). Père de sept enfants selon Le Petit Parisien (1911), « d'une nombreuse famille » selon Le Matin (1922). Le Matin le présente en 1922 comme « riche rentier » et « fils d'un explorateur ».

    Statut judiciaire Déclaré absent par le tribunal de première instance d'Évreux, jugement du 24 août 1922 (Journal officiel, 2 octobre 1922). Une déclaration d'absence ne constate pas un décès.

  • Épouse

    Marie-Christine-Marthe Lasserre de Monzie

    Écrite « Lasserre de Monzie » dans le Journal officiel du 14 avril 1922, « Lasserre de Mongie » dans celui du 2 octobre 1922 et dans Le Matin du 9 octobre 1922. Selon Le Matin (1911), d'Abbadie d'Arrast est le gendre de l'écrivain catholique Henri Lasserre. C'est elle qui demande au tribunal d'Évreux de faire constater l'absence (Le Matin, 1922).

  • Gouvernante des enfants

    Hélène Benoit

    Nom écrit « Benoit », « Benoît » ou « Benoist » selon les journaux. Présentée en 1911 comme l'institutrice ou la gouvernante des enfants d'Abbadie d'Arrast ; inscrite à bord, selon Le Matin, sous le nom d'« Héléna Wye ». En 1922, Le Matin rapporte qu'entendue comme témoin, elle déclare ne pas savoir ce qu'il est devenu depuis 1911.

  • Notaire à Paris, témoin

    Me Charles Tollu

    Présenté par Le Matin (9 octobre 1922) comme le camarade d'enfance et le notaire d'Abbadie d'Arrast. Seul témoin de l'enquête de 1920-1922 à avoir, selon ce journal, reçu de ses nouvelles après 1911.

06La justice

Le jugement préparatoire du 7 mai 1920

Selon Le Matin du 9 octobre 1922, c’est l’épouse du disparu qui demande au tribunal d’Évreux l’ouverture d’une enquête pour faire constater son absence.

Le Matin du 9 octobre 1922 date ce jugement du « 7 mai 1921 ». Le Journal officiel donne le 7 mai 1920.

Selon Le Matin, la plupart des témoins entendus déclarent n’avoir jamais revu d’Abbadie d’Arrast ni reçu de ses nouvelles. L’ancienne gouvernante, « actuellement placée comme infirmière dans le Loir-et-Cher », affirme ne pas savoir ce qu’il est devenu depuis 1911. Seul Me Tollu apporte les précisions résumées plus haut.

Le jugement du 24 août 1922

Une déclaration d’absence ne constate pas un décès : elle prend acte de ce que la personne a cessé de paraître et de donner de ses nouvelles.

Les comptes rendus de presse d’octobre 1922

Le 9 octobre 1922, L’Ouest-Éclair annonce « une nouvelle disparition de M. d’Abbadie d’Arrast » et rappelle l’affaire de 1911. Il ne dit rien de 1915 ni de la lettre de Londres. Le même jour, Le Matin publie en première page un long article, « La disparition légale de M. d’Abbadie d’Arrast ». Son intertitre, « On est sans nouvelles de lui depuis le 13 janvier 1915 », est suivi du résumé de la déposition de Me Tollu.

07Chronologie

  1. 4 février 1911

    Selon une dépêche de Québec publiée par Le Matin du 23 mai 1911, deux places pour le Canada sont réservées à Paris ce jour-là.

    Témoignage
  2. Début mai 1911 (date discutée)

    D'Abbadie d'Arrast quitte Évreux pour Paris et disparaît. Les sources ne s'accordent pas sur la date : 4, 9, 10, 11 ou 13 mai selon les documents.

    Controversé
  3. Nuit « du mardi ou mercredi 10 mai » 1911 (Le Matin)

    Un pardessus, des gants, un chapeau melon marqué « A. A. » et un portefeuille sont retrouvés sur une passerelle du quai Debilly, à Paris.

    Établi
  4. 12 mai 1911

    Le Petit Parisien titre : « L'hypothèse du crime paraît la plus acceptable ». Le journal rapporte que M. Hamard, chef de la Sûreté, est chargé d'une commission rogatoire.

    Établi
  5. 19 mai 1911 (selon Le Matin)

    Le Matin affirme, le 23 mai, avoir été le premier, le 19 mai, à rapprocher le passager « Wye » d'Abbadie d'Arrast. Ce numéro n'a pas été consulté.

    Témoignage
  6. 22 mai 1911

    Arrivée à Québec du paquebot Lake-Manitoba, selon Le Matin. Le passager inscrit « William F. Wye » reconnaît, selon Le Matin et La Liberté, être d'Abbadie d'Arrast ; il est retenu par le service d'immigration.

    Témoignage
  7. 23 mai 1911

    La presse annonce que le couple, déclaré « indésirable », doit être renvoyé en France sur deux navires différents. L'exécution de cette mesure n'a pas été vérifiée.

    Non résolu
  8. 28 juillet 1911

    Selon le témoignage de Me Charles Tollu rapporté par Le Matin en 1922 : lettre à en-tête de « The Brunswick Hotel » annonçant qu'il est rentré au Canada depuis le 16 juin.

    Témoignage
  9. 30 juillet 1911

    Selon le témoignage de Me Charles Tollu, rapporté par Le Matin en 1922 : lettre où il fait part de son intention de « disparaître sous un autre nom ».

    Témoignage
  10. Novembre ou décembre 1911

    Selon le témoignage de Me Charles Tollu, rapporté par Le Matin en 1922, il serait revenu en France « pour régler certaines affaires ».

    Témoignage
  11. 28 avril 1912

    Selon le témoignage de Me Charles Tollu, rapporté par Le Matin en 1922, il aurait quitté Paris ce jour-là.

    Témoignage
  12. 16 juillet 1912

    Selon le témoignage de Me Charles Tollu, rapporté par Le Matin en 1922 : lettre annonçant son retour « en Amérique » et un projet d'expédition de sept mois avec la « Hudson Bay Cy ».

    Témoignage
  13. 15 décembre 1912

    Selon le témoignage de Me Charles Tollu, rapporté par Le Matin en 1922 : lettre évoquant une sortie d'hôpital et un départ pour « Atha Braska » (graphie du journal), où il devait hiverner dans un camp forestier.

    Témoignage
  14. Mai 1913 – août 1914

    Selon le témoignage de Me Charles Tollu, rapporté par Le Matin en 1922 : lettres du 4 mai 1913, du 7 novembre 1913 et d'août 1914 décrivant sa vie dans « la contrée froide du Canada ».

    Témoignage
  15. Début de la guerre, 1914

    Me Tollu « croyait savoir », selon Le Matin, qu'il s'était engagé dans l'armée canadienne.

    Hypothèse
  16. 13 janvier 1915

    Selon Le Matin (1922), le notaire reçoit une lettre au cachet de la poste de Londres, accompagnée d'un chapelet, d'une photographie des enfants et d'un petit crucifix. Selon Le Matin, la lettre lui permettait de supposer que son ami n'existait plus et qu'il avait été tué au service de l'armée anglaise.

    Témoignage
  17. 7 mai 1920

    Le tribunal de première instance d'Évreux ordonne une enquête pour constater son absence ; le jugement le dit « disparu à la date du 4 mai 1911 » (publié au Journal officiel le 14 avril 1922).

    Établi
  18. 24 août 1922

    Le tribunal de première instance d'Évreux déclare son absence ; il le dit « disparu depuis le mois de janvier 1915 » (publié au Journal officiel le 2 octobre 1922).

    Établi
  19. 9 octobre 1922

    L'Ouest-Éclair et Le Matin rendent compte du jugement ; Le Matin publie le résumé de la déposition de Me Tollu.

    Établi
  20. 9 octobre 1922 (Le Matin)

    Le Matin rapporte que « certains amis » le croient vivant et faisant du cinéma en Californie, « sans pouvoir en apporter la preuve ».

    Hypothèse

08Ce que l’on sait aujourd’hui

  • D’Abbadie d’Arrast a disparu au début du mois de mai 1911, au cours d’un séjour à Paris ; ses effets ont été retrouvés sur une passerelle du quai Debilly. La date exacte varie selon les sources.
  • La presse de mai 1911 rapporte qu’arrivé à Québec sous le nom de William F. Wye, avec la gouvernante de ses enfants, il a reconnu son identité et a été déclaré « indésirable ».
  • Le tribunal de première instance d’Évreux a ordonné une enquête sur son absence le 7 mai 1920, puis déclaré cette absence le 24 août 1922. Le Journal officiel le dit successivement « disparu à la date du 4 mai 1911 » puis « disparu depuis le mois de janvier 1915 ».
  • Tout ce que l’on sait de sa vie entre 1911 et 1915 repose sur le témoignage de Me Charles Tollu, tel que Le Matin l’a résumé en 1922.
  • Aucune source consultée n’établit sa mort.

Bilan documentaire

Les éléments de 1911 reposent sur la presse de l’époque, consultée dans les numéros originaux : Le Petit Parisien (12 mai), Le Matin et La Liberté (23 mai). Les deux jugements sont connus par leur publication au Journal officiel, vérifiée sur l’image des pages. Le dossier de l’enquête du tribunal d’Évreux et les lettres reçues par Me Tollu n’ont pas été retrouvés. Le récit de 1922 publié par Le Matin reste donc la seule source retrouvée pour les éléments concernant la période postérieure à mai 1911 et antérieure à janvier 1915.

09Les zones d’ombre

10Sources

Les informations de cette fiche s'appuient sur les documents suivants. Les sources primaires (presse de l'époque, décisions de justice, archives) sont privilégiées.

  1. Presse de l'époque

    Le mystère du quai Debilly — L'hypothèse du crime paraît la plus acceptable

    Le Petit Parisien, n° 12613, p. 1 — Gallica (BnF), 12 mai 1911

    Soirée chez Mme Zoeger, rue de la Manutention, et départ vers 22 h 30 ; effets retrouvés sur la passerelle de la Manutention ; commission rogatoire de M. Hamard, chef de la Sûreté ; sept enfants, origine basque, séjour au Canada, mariage à Lourdes. L'article emploie tour à tour « mardi » et « mercredi » pour la soirée.

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  2. Presse de l'époque

    Mr Wye, en arrivant à Québec, commence par déclarer qu'il ignore les Abbadie d'Arrast

    Le Matin, 28e année, n° 9947, p. 1, 23 mai 1911

    En-tête et titres vérifiés sur image. Découverte des effets « dans la nuit du mardi ou mercredi 10 mai » ; dépêches de Québec du 22 mai : Lake-Manitoba, « William F. Wye et Héléna Wye », places réservées « à Paris, le 4 février », aveu, « au moins 15,000 francs ». Référence Gallica non vérifiée.

  3. Presse de l'époque

    La fugue de M. d'Abbadie d'Arrast

    La Liberté — e-newspaperarchives.ch, identifiant LLE19110523-01.2.18, 23 mai 1911

    Consulté sur capture d'écran. Aveu du « passager William Wye » ; Mlle « Benoist », « l'institutrice de ses enfants » ; « indésirable » ; renvoi annoncé « sur deux vaisseaux différents ».

  4. Décision de justice

    Jugements préparatoires — tribunal de première instance d'Évreux, jugement du 7 mai 1920

    Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 54e année, n° 103 — Gallica (BnF), 14 avril 1922

    Vérifié sur image. « … a ordonné une enquête à l'effet de constater l'absence de d'Abbadie d'Arrast (Ferdinand-Guilhem), époux de Lasserre de Monzie (Marie-Christine-Marthe), domicilié en dernier lieu à Evreux, rue Joséphine, n° 14, disparu à la date du 4 mai 1911. » Page et référence Gallica non relevées.

  5. Décision de justice

    Jugements définitifs — tribunal de première instance d'Évreux, jugement du 24 août 1922

    Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 54e année, n° 267, p. 9891 — Gallica (BnF), 2 octobre 1922

    Vérifié sur image. « … a déclaré l'absence de d'Abbadie d'Arrast (Ferdinand-Guilhem), né à Paris le 5 avril 1870 […], marié à Marie-Christine-Marthe Lasserre de Mongie, domicilié en dernier lieu à Evreux, rue Joséphine, n° 14, disparu depuis le mois de janvier 1915. » Référence Gallica non relevée.

  6. Presse de l'époque

    Une nouvelle disparition de M. d'Abbadie d'Arrast

    L'Ouest-Éclair, 24e année, p. 2 — Gallica (BnF), 9 octobre 1922

    Dépêche d'Évreux du 8 octobre. Rappel de 1911 (effets retrouvés quai Debilly, suicide ou meurtre envisagés, départ pour le Canada sous un faux nom, « indésirable ») ; ne mentionne ni 1915, ni la lettre de Londres. Numéro lu « 7.675 » sur l'en-tête.

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  7. Presse de l'époque

    La disparition légale de M. d'Abbadie d'Arrast

    Le Matin, 39e année, n° 14082, p. 1 — Gallica (BnF), 9 octobre 1922

    Envoyé spécial à Évreux. Intertitre « On est sans nouvelles de lui depuis le 13 janvier 1915 » ; résumé de la déposition de Me Charles Tollu (lettres de 1911 à 1914, lettre au cachet de Londres du 13 janvier 1915) ; hypothèses de l'armée canadienne ou anglaise et du cinéma en Californie, présentées comme non prouvées.

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  8. Article

    Détective, n° 146

    Détective, p. 11, 13 août 1931

    Récit rétrospectif, utilisé ici seulement pour la date qu'il donne à la disparition (9 mai 1911).

  9. Article

    L'histoire d'Évreux en 1911

    Évreux-Histoire

    Source secondaire, sans référence précise. Billet pour le Canada acheté le 4 février 1911 ; disparition datée du 13 mai 1911.

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  10. Article

    L'histoire d'Évreux de 1921 à 1922

    Évreux-Histoire

    Source secondaire, sans référence précise. Donne le jugement du 24 août 1922 et une absence « depuis le 13 janvier 1915 », date qui ne figure pas dans le Journal officiel.

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Dernière vérification de la fiche : 30 septembre 2026.

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