L’affaire Marie Lafarge
Corrèze, 1840 : un procès d'assises où des expertises toxicologiques contradictoires sur l'arsenic se retrouvent au cœur des débats.
01Résumé
Le 14 janvier 1840, Charles Pouch-Lafarge, maître de forges au Glandier et maire de Beyssac, en Corrèze, meurt après plusieurs semaines de maladie. Son épouse Marie, née Capelle, mariée depuis cinq mois, est accusée de l’avoir empoisonné à l’arsenic.
Au procès, les expertises successives aboutissent à des conclusions opposées. Marie Lafarge est condamnée aux travaux forcés à perpétuité. Elle a toujours contesté l’accusation, et l’affaire a suscité une importante controverse judiciaire et scientifique.
02Contexte
Marie Fortunée Capelle, née en 1816, épouse Charles Pouch-Lafarge à Paris le 11 août 1839, après une rencontre organisée par une agence matrimoniale. Selon les Archives de la Corrèze, elle découvre à son arrivée au Glandier une demeure délabrée et une forge en grande difficulté financière.
En novembre 1839, Charles part pour Paris afin de régler ses affaires et de déposer un brevet.
03Les faits
04L’enquête
Le jour du décès, le beau-frère de Charles écrit au procureur du roi pour dénoncer un empoisonnement. L’autopsie du 16 janvier ne révèle rien de déterminant, mais des organes sont prélevés. Marie Lafarge est arrêtée le 23 janvier 1840.
05Les protagonistes
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Accusée
Marie Lafarge (née Marie Fortunée Capelle)
1816 – 1852
A toujours contesté avoir empoisonné son mari.
Statut judiciaire Condamnée en septembre 1840 aux travaux forcés à perpétuité ; pourvoi rejeté le 12 décembre 1840 ; graciée en 1852.
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Victime
Charles Pouch-Lafarge
Mort le 14 janvier 1840
Maître de forges au Glandier et maire de Beyssac.
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Experts
Dupuytren et Dubois père et fils
Chimistes de Limoges. Leurs premières analyses du corps sont négatives ; leur analyse des pièces saisies au Glandier conclut à la présence d'arsenic.
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Experts
Mathieu Orfila et Alexandre Bussy
Orfila, doyen de la faculté de médecine de Paris, et Bussy, professeur de chimie à l'École de pharmacie de Paris, concluent à la présence d'arsenic dans les viscères.
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Chimiste appelé par la défense
François-Vincent Raspail
Arrive à Tulle après le verdict. Il conteste ensuite publiquement les conditions de l'expertise d'Orfila.
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Avocat de la défense
Me Paillet
Bâtonnier du barreau de Paris.
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Ministère public
M. Decoux
Avocat général à la cour royale de Limoges.
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Président de la cour d'assises
M. Barny
06La justice
Le 18 juillet 1840, la chambre des mises en accusation de la cour royale de Limoges renvoie Marie Lafarge devant la cour d’assises de la Corrèze, pour assassinat par empoisonnement. Le procès s’ouvre à Tulle le 3 septembre 1840. Il est présidé par M. Barny ; l’accusation est soutenue par M. Decoux et la défense assurée par Me Paillet.
Les expertises se succèdent pendant le procès :
- Le 5 septembre, les chimistes de Limoges ne décèlent pas d’arsenic dans l’estomac et les liquides prélevés.
- Le 7 septembre, le corps est exhumé ; les nouvelles analyses, conduites selon plusieurs procédés dont celui de Marsh, sont elles aussi négatives.
- Les mêmes experts analysent ensuite les pièces saisies au Glandier (lait de poule, eau panée, poudre) et y trouvent de l’arsenic.
- Orfila et Bussy, désignés pour une nouvelle expertise, concluent à la présence d’arsenic dans les viscères.
Marie Lafarge est condamnée aux travaux forcés à perpétuité. Son pourvoi est rejeté par la Cour de cassation le 12 décembre 1840. Elle est également condamnée, dans une affaire distincte jugée à Brive en juillet 1840, à deux ans de prison pour le vol de diamants appartenant à Mme de Léautaud.
07Chronologie
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15 janvier 1816
Naissance de Marie Fortunée Capelle.
Établi -
11 août 1839
Mariage de Marie Capelle et de Charles Pouch-Lafarge à Paris.
Établi -
15 août 1839
Arrivée du couple au Glandier, sur la commune de Beyssac.
Établi -
18 décembre 1839
À Paris, où il séjourne pour ses affaires, Charles reçoit un gâteau envoyé du Glandier ; il est pris de vomissements dès le lendemain.
Établi -
4 janvier 1840
Retour de Charles au Glandier, malade.
Établi -
14 janvier 1840
Mort de Charles Lafarge au Glandier. Le jour même, son beau-frère écrit au procureur du roi pour dénoncer un empoisonnement.
Établi -
16 janvier 1840
Autopsie : aucune lésion déterminante n'est constatée, mais des organes sont prélevés pour analyse.
Établi -
23 janvier 1840
Arrestation de Marie Lafarge au Glandier ; elle est conduite à la maison d'arrêt de Brive.
Établi -
15 juillet 1840
Dans une affaire distincte (vol de diamants au préjudice de Mme de Léautaud), le tribunal correctionnel de Brive la condamne à deux ans de prison.
Établi -
18 juillet 1840
La cour royale de Limoges (chambre des mises en accusation) la renvoie devant la cour d'assises de la Corrèze.
Établi -
3 septembre 1840
Ouverture du procès devant la cour d'assises de la Corrèze, à Tulle.
Établi -
5 septembre 1840
Rapport des experts de Limoges sur l'estomac et les liquides prélevés : pas d'arsenic décelé.
Établi -
7 septembre 1840
Exhumation du corps à Beyssac ; nouvelles analyses, elles aussi négatives.
Établi -
14 septembre 1840 (date variable selon les sources)
Orfila et Bussy concluent à la présence d'arsenic dans les viscères.
Établi -
19 septembre 1840 (date variable selon les sources)
Verdict : Marie Lafarge est condamnée aux travaux forcés à perpétuité.
Établi -
12 décembre 1840
La chambre criminelle de la Cour de cassation rejette son pourvoi.
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8 novembre 1841
Départ de Tulle pour la maison centrale de Montpellier.
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1851
Admission, pour raisons de santé, à l'asile de Saint-Paul-de-Mausole, à Saint-Rémy-de-Provence.
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1852
Grâce accordée par Louis-Napoléon Bonaparte.
Établi -
7 septembre 1852
Mort de Marie Lafarge à Ussat (Ariège), à 37 ans.
Établi
08Ce que l’on sait aujourd’hui
- Charles Lafarge est mort le 14 janvier 1840 au Glandier, après être tombé malade à Paris en décembre 1839.
- Marie Lafarge avait demandé de l’arsenic à un pharmacien, en invoquant la présence de rats.
- Les premières analyses du corps n’ont pas décelé d’arsenic ; celles d’Orfila et de Bussy ont conclu à sa présence.
- Marie Lafarge a été condamnée aux travaux forcés à perpétuité ; son pourvoi a été rejeté.
- Graciée en 1852, elle est morte la même année à Ussat.
09Les zones d’ombre
10Sources
Les informations de cette fiche s'appuient sur les documents suivants. Les sources primaires (presse de l'époque, décisions de justice, archives) sont privilégiées.
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Archives
L'Affaire Lafarge
Archives départementales de la Corrèze
Dossier documentaire : état civil, mariage, décès, arrestation, instruction, expertises successives, procès de Brive et de Tulle, pourvoi, détention, grâce et décès.
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Archives
Affaire Lafarge
Bibliothèque francophone multimédia de Limoges, Billet patrimonial (document RES.P LIM T423)
Recoupe la chronologie : arrestation, procès de Brive, procès de Tulle (3-19 septembre 1840), pourvoi, détention, grâce.
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Presse de l'époque
Arrêt de mise en accusation de Marie Lafarge (cour royale de Limoges, 18 juillet 1840)
Gazette des tribunaux, août 1840
Journal judiciaire de l'époque (numérisation de l'ENAP) : renvoi devant la cour d'assises de la Corrèze et charges retenues par l'accusation.
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Article scientifique
Mateu Orfila, chimiste, toxicologue et expert
Éric Sartori, L'Actualité chimique, n° 385, mai 2014
Méthode d'Orfila (appareil de Marsh), critiques de Raspail, portée de l'affaire pour l'expertise.
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Encyclopédie
Affaire Lafarge
Wikipédia
Point d'entrée secondaire, à croiser avec les sources ci-dessus.
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Dernière vérification de la fiche : 29 septembre 2026.


