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Meurtre Cote MA-69-1889

L’affaire Gouffé

La malle sanglante de Millery

Rhône, 1889 : un corps enfermé dans un sac est découvert à Millery. Identifié comme celui de l'huissier parisien Gouffé, il mène à Michel Eyraud et Gabrielle Bompard, jugés en 1890.

Millery (Rhône) 1889 – 1891 Jugée

01Résumé

L’huissier parisien Toussaint-Augustin Gouffé disparaît le 26 juillet 1889. Le 13 août, le corps d’un homme, ligoté dans un sac, est découvert à Millery, près de Lyon. Deux jours plus tard, les débris d’une grande malle sont retrouvés à Saint-Genis-Laval, commune voisine.

Le corps est exhumé en novembre 1889. Au terme d’une longue expertise, le professeur Alexandre Lacassagne conclut, le 11 avril 1890, qu’il s’agit bien de Gouffé. Michel Eyraud et Gabrielle Bompard sont jugés par la cour d’assises de la Seine en décembre 1890 : Eyraud est condamné à mort et exécuté le 3 février 1891 ; Bompard est condamnée à vingt ans de travaux forcés.

02Contexte

Selon l’acte d’accusation, Gouffé, huissier rue Montmartre, veuf, vit avec ses deux filles rue Rougemont et connaît une situation prospère. Il fréquente Michel Eyraud et Gabrielle Bompard, qu’il rencontre au café Gutenberg, boulevard Poissonnière.

Toujours selon l’acte d’accusation, Eyraud, marié et père de famille, a connu deux faillites ; Gabrielle Bompard, fille d’un marchand de métaux du département du Nord arrivée à Paris en 1888, devient sa maîtresse.

03Les faits

04L’enquête

Le corps est d’abord examiné par le Dr Paul Bernard, médecin expert à Lyon, le 14 août 1889. Son rapport du 9 septembre 1889 décrit un homme de 35 à 45 ans, d’environ 1,75 m, mort deux ou trois heures après son dernier repas et depuis trois à cinq semaines. Il relève la fracture des deux cornes supérieures du cartilage thyroïde et conclut : « Nous croyons que la victime a été étranglée par la main ».

Selon l’acte d’accusation, le beau-frère de Gouffé, conduit à Lyon, « ne reconnut pas les restes », et « le médecin commis, étant insuffisamment renseigné, conclut à la non-identité ». Le rapport du Dr Bernard publié en 1890 ne contient pour sa part aucune conclusion sur l’identité de Gouffé.

L’instruction parisienne réunit des renseignements détaillés sur Gouffé : taille, dents, cheveux prélevés sur sa brosse, ancienne blessure au pied droit, témoignages de sa fille, de ses médecins, de son chapelier, de son tailleur et de ses cordonniers.

L’identification du corps

Lacassagne présente aussi la comparaison du crâne avec le gabarit de la tête de Gouffé comme « un procédé dont il n’a pas encore été fait usage dans une expertise médico-légale » ; c’est son appréciation.

Les suspects

Entre-temps, l’enquête établit qu’Eyraud et Bompard ont quitté Paris le 27 juillet. Un mandat d’arrêt est décerné le 29 novembre 1889 ; le 21 décembre, la malle est reconnue à Londres comme leur ayant été vendue.

Chargés d’examiner l’état mental de Gabrielle Bompard, les Drs Brouardel, Motet et Ballet concluent le 20 juillet 1890 qu’elle « n’est pas atteinte d’aliénation mentale » et « ne saurait donc être considérée comme irresponsable des actes qui lui sont imputés ».

05Les protagonistes

  • Victime

    Toussaint-Augustin Gouffé

    1840 – 1889

    Huissier à Paris, étude rue Montmartre. Né à Dommartin le 27 octobre 1840 selon le réquisitoire du juge d'instruction. Veuf, il vivait avec ses deux filles, rue Rougemont.

  • Condamné

    Michel Eyraud

    Ancien distillateur à Sèvres, déclaré en faillite, selon l'acte d'accusation. Arrêté à La Havane, extradé, il avoue le crime.

    Statut judiciaire Condamné à mort par la cour d'assises de la Seine en décembre 1890 ; exécuté le 3 février 1891 (RetroNews ; Criminocorpus).

  • Condamnée

    Gabrielle Bompard

    Maîtresse d'Eyraud. Se présente d'elle-même à la préfecture de police en janvier 1890. Une expertise psychiatrique la déclare responsable de ses actes (20 juillet 1890).

    Statut judiciaire Condamnée à vingt ans de travaux forcés par la cour d'assises de la Seine en décembre 1890 (RetroNews ; Criminocorpus).

  • Médecin expert des tribunaux de Lyon

    Dr Paul Bernard

    Pratique la première autopsie du corps de Millery, le 14 août 1889 (rapport du 9 septembre 1889).

  • Professeur de médecine légale à la Faculté de Lyon

    Pr Alexandre Lacassagne

    Examine le corps exhumé avec le Dr Bernard le 13 novembre 1889, puis conclut, dans un second rapport du 11 avril 1890, à l'identité du corps et de Gouffé.

  • Médecins experts (Paris)

    MM. Brouardel, Motet et Ballet

    Chargés d'examiner l'état mental de Gabrielle Bompard (rapport du 20 juillet 1890).

  • Juge d'instruction à Paris

    M. Dopffer

  • Compagnon de voyage de Gabrielle Bompard

    M. Garanger

    Voyageur rencontré en Amérique par Eyraud et Bompard ; il accompagne Bompard à son retour à Paris, en janvier 1890.

06La justice

La presse illustrée suit l’affaire de bout en bout, des portraits des enquêteurs à ceux des accusés, puis à l’exécution (Patricia Bass, Criminocorpus). Une complainte populaire, « Gabrielle Bompétard », est publiée dès 1889.

07Chronologie

  1. 26 juillet 1889

    Gouffé quitte son étude vers 18 h 30 ; il est vu pour la dernière fois boulevard Montmartre vers 19 h 10. Vers 21 heures, un inconnu entre dans l'étude avec ses clefs.

    Établi
  2. 27 juillet 1889

    Une malle est expédiée par chemin de fer de Paris à Lyon (registres de la compagnie P.L.M.).

    Établi
  3. 29 juillet 1889

    Le beau-frère de Gouffé signale sa disparition au commissariat du quartier Bonne-Nouvelle.

    Établi
  4. 13 août 1889

    Le corps d'un homme, ligoté dans un sac, est découvert à Millery. Le juge d'instruction Bastid requiert le Dr Paul Bernard.

    Établi
  5. 14 août 1889

    Autopsie du corps par le Dr Paul Bernard.

    Établi
  6. 15 août 1889

    Les débris d'une grande malle sont retrouvés à Saint-Genis-Laval ; la clef trouvée près du corps s'adapte à la serrure.

    Établi
  7. 9 septembre 1889

    Rapport du Dr Bernard : homme de 35 à 45 ans, d'environ 1,75 m, probablement « étranglé par la main ».

    Établi
  8. 13 novembre 1889

    Après exhumation, les Drs Bernard et Lacassagne examinent à nouveau le corps à Lyon, pour en établir l'identité.

    Établi
  9. 29 novembre 1889

    Mandat d'arrêt contre Michel Eyraud et Gabrielle Bompard.

    Établi
  10. 5 décembre 1889

    Rapport commun des Drs Bernard et Lacassagne sur l'exhumation.

    Établi
  11. 21 décembre 1889

    À Londres, la malle est reconnue comme ayant été vendue à Eyraud et Bompard.

    Établi
  12. 22 janvier 1890

    Gabrielle Bompard se présente à la préfecture de police de Paris et accuse Eyraud (date de l'acte d'accusation ; elle-même parle du 23 janvier).

    Établi
  13. 11 avril 1890

    Second rapport de Lacassagne : « le corps trouvé à Millery est bien le corps de M. Gouffé ».

    Établi
  14. 30 juin [1890]

    Arrêté à La Havane et extradé, Eyraud est écroué à Paris (l'acte d'accusation écrit « le 30 juin dernier »).

    Établi
  15. 20 juillet 1890

    Rapport des Drs Brouardel, Motet et Ballet : Gabrielle Bompard « ne saurait être considérée comme irresponsable ».

    Établi
  16. Décembre 1890

    Procès devant la cour d'assises de la Seine. Eyraud est condamné à mort, Bompard à vingt ans de travaux forcés.

    Établi
  17. 3 février 1891

    Exécution de Michel Eyraud.

    Établi

08Ce que l’on sait aujourd’hui

  • Gouffé a disparu le 26 juillet 1889 ; un corps a été découvert à Millery le 13 août 1889, et une malle venue de Paris retrouvée à Saint-Genis-Laval le 15 août.
  • Le professeur Lacassagne a conclu, le 11 avril 1890, que ce corps était celui de Gouffé, en comparant de nombreux caractères physiques aux renseignements réunis sur lui.
  • Eyraud a déclaré qu’ils avaient agi ensemble ; Bompard, sans nier les faits, a cherché à rejeter sur lui la responsabilité du crime (acte d’accusation). Tous deux ont été condamnés en décembre 1890. Eyraud a été exécuté le 3 février 1891.

09Les zones d’ombre

10Sources

Les informations de cette fiche s'appuient sur les documents suivants. Les sources primaires (presse de l'époque, décisions de justice, archives) sont privilégiées.

  1. Archives

    L'affaire Gouffé. Acte d'accusation. — Rapports de MM. les docteurs Paul Bernard, Lacassagne, Brouardel, Motet, Ballet

    A. Lacassagne (présentation), Archives d'anthropologie criminelle, tome 5 (1890), pp. 642-716 — fac-similé sur Criminocorpus (BIU Santé / Arkhênum), 1890

    Source principale de cette fiche. Acte d'accusation (pp. 642-653) ; rapport du Dr Paul Bernard, 9 septembre 1889 (pp. 654-661) ; rapport des Drs Bernard et Lacassagne, 5 décembre 1889 (pp. 662-664) ; second rapport de Lacassagne sur l'identité, 11 avril 1890 (pp. 665-696) ; rapport de Brouardel, Motet et Ballet sur l'état mental de Bompard, 20 juillet 1890 (pp. 697-710) ; « Autres documents », lettres citées d'après le journal Le Temps (pp. 711-716). Numérisation « Tous droits réservés ».

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  2. Article scientifique

    L'affaire Gouffé : Gabrielle Bompard et Michel Eyraud

    Patricia Bass, Criminocorpus (exposition « L'accusé et sa mise en image sous la Troisième République »), 22 juillet 2014

    Les accusés dans la presse illustrée (Le Petit Parisien, Le Petit Journal), de l'enquête à l'exécution. Images « Tous droits réservés », non reproduites ici.

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  3. Article

    Meurtre d'un huissier, ou l'affaire de la « malle à Gouffé »

    Marina Bellot, RetroNews (BnF), 23 janvier 2018

    Revue de presse : procès devant la cour d'assises de la Seine en décembre 1890, peines prononcées, exécution d'Eyraud le 3 février 1891.

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  4. Archives

    Gabrielle Bompétard

    A. Poupay, F. Bigot, Paris — Complaintes criminelles, Criminocorpus, 1889

    Complainte populaire. La notice de Criminocorpus mentionne la condamnation de Bompard à vingt ans de travaux forcés et l'exécution d'Eyraud le 3 février 1891.

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  5. Archives

    Affaire de la malle à Gouffé [photographies] (1889)

    Criminocorpus, collection Philippe Zoummeroff

    Photographies d'époque (portraits, reconstitution). Tous droits réservés : consultables sur Criminocorpus, non reproduites ici.

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  6. Presse de l'époque

    The trial of Michel Eyraud and Gabrielle Bompard

    The Spectator, 20 décembre 1890

    Presse britannique : ouverture du procès devant la cour d'assises de la Seine.

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Dernière vérification de la fiche : 30 septembre 2026.

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