L’affaire du collier de la reine
L'affaire du Collier
Versailles et Paris, 1784-1786 : en se servant frauduleusement du nom de Marie-Antoinette, la comtesse de La Motte obtient par l'entremise du cardinal de Rohan un collier de diamants estimé à 1,6 million de livres. Le Parlement de Paris déclare fausse la signature de la reine, décharge le cardinal des accusations et condamne la comtesse.

01Résumé
Les joailliers Charles-Auguste Böhmer et Paul Bassenge cherchent à vendre un collier de diamants exceptionnel, présenté à la cour en 1782 et refusé par la reine. Jeanne de Valois-Saint-Rémy, comtesse de La Motte, se présente au cardinal de Rohan comme une amie de Marie-Antoinette, capable de l’aider à regagner la faveur de la reine. Le 11 août 1784, à Versailles, une femme se faisant passer pour la reine le rencontre de nuit.
Croyant agir pour Marie-Antoinette, le cardinal se fait remettre le collier le 1er février 1785. Le bijou passe ensuite entre les mains de la comtesse et de ses complices. Faute de paiement, les joailliers s’adressent à la reine, qui n’a rien commandé : la fraude est découverte. Le cardinal est arrêté à Versailles le 15 août 1785. Le 31 mai 1786, le Parlement de Paris déclare fausses l’approbation et la signature attribuées à la reine. Il décharge le cardinal et Cagliostro des plaintes et accusations, condamne Jeanne de La Motte et, par contumace, son époux, bannit Rétaux de Villette et met Nicole Le Guay d’Oliva hors de cour et de procès.
02Contexte
Selon le château de Versailles, Böhmer et Bassenge, joailliers de la couronne, présentent en 1782 à Louis XVI un collier somptueux, que la reine refuse. Son prix est de 1,6 million de livres selon le château de Versailles et l’encyclopédie Larousse.
Le nombre de diamants varie selon les sources : « près de 650 » selon le château de Versailles, 647 selon Étienne Madranges, 540 selon le Metropolitan Museum of Art. Aucun chiffre n’est retenu ici.
03Les faits
La comtesse de La Motte et le cardinal de Rohan
Jeanne de Valois-Saint-Rémy, comtesse de La Motte, se présente au cardinal Louis-René-Édouard de Rohan comme une amie de la reine. Le cardinal, alors en disgrâce auprès de Marie-Antoinette selon l’encyclopédie Larousse, espère par son intermédiaire regagner la faveur royale.
La rencontre nocturne du 11 août 1784
Selon la World History Encyclopedia, c’est Nicole Le Guay d’Oliva qui joue le rôle de la reine. Les sources institutionnelles consultées ne la nomment pas pour cette scène.
L’achat du collier au nom de la reine
Les lettres patentes du 5 septembre 1785, citées dans l’arrêt, exposent l’accusation : le cardinal, « à l’insu de la Reine », aurait dit aux joailliers être autorisé par elle à acheter le collier pour « seize cent mille livres payables en différens termes », en leur montrant des propositions présentées comme approuvées et signées par la reine.
Marie-Antoinette n’a ni commandé ni autorisé cet achat. L’escroquerie repose sur l’utilisation frauduleuse de son nom.
La découverte de la fraude
04L’enquête
L’arrestation du cardinal de Rohan
Le cardinal est emprisonné. Par des lettres patentes du 5 septembre 1785, données à Saint-Cloud, Louis XVI renvoie l’affaire devant le Parlement de Paris. Lors du jugement, le cardinal, Jeanne de La Motte, Cagliostro, Nicole Le Guay d’Oliva et Rétaux de Villette sont détenus à la Bastille, selon l’arrêt.
Les personnes poursuivies
Sont poursuivis le cardinal de Rohan, Jeanne de La Motte, son époux Marc-Antoine-Nicolas de La Motte, absent et jugé par contumace, Louis-Marc-Antoine Rétaux de Villette, Marie-Nicole Le Guay, dite d’Oliva, et Alexandre de Cagliostro. Leur degré de participation n’est pas le même, et les sources consultées ne détaillent pas le rôle de chacun.
05Les protagonistes
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Condamnée
Jeanne de Valois-Saint-Rémy, comtesse de La Motte
1756 – 1791
Selon la notice d'autorité de la BnF, « aventurière, impliquée dans l'affaire du Collier de la reine », épouse du comte de La Motte. Elle se présente au cardinal de Rohan comme une amie de la reine. En 1789, elle publie à Londres des mémoires présentés comme une « justification complète » de sa conduite.
Statut judiciaire Condamnée par l'arrêt du 31 mai 1786 à être fouettée, marquée au fer rouge de la lettre V sur les deux épaules et enfermée à perpétuité à la Salpêtrière.
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Accusé, déchargé
Louis-René-Édouard de Rohan
Cardinal et grand aumônier de France. Croyant agir avec l'accord de Marie-Antoinette, il se fait remettre le collier par les joailliers. Arrêté à Versailles le 15 août 1785.
Statut judiciaire Déchargé des plaintes et accusations par l'arrêt du 31 mai 1786. Le roi lui retire ensuite sa charge de grand aumônier et l'exile en Auvergne, selon Thomas Jefferson.
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Accusée
Marie-Nicole Le Guay, dite d'Oliva ou Dessigny
Selon la World History Encyclopedia, c'est elle qui joue le rôle de la reine lors de la rencontre nocturne de Versailles. Les sources institutionnelles consultées ne la nomment pas pour cette scène.
Statut judiciaire L'arrêt du 31 mai 1786 « met les Parties hors de Cour & de Procès » sur les accusations portées contre elle.
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Condamné
Louis-Marc-Antoine Rétaux de Villette
Poursuivi dans l'affaire. Son rôle précis n'est pas détaillé par les sources consultées.
Statut judiciaire Banni à perpétuité du royaume par l'arrêt du 31 mai 1786 ; ses biens sont confisqués.
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Condamné par contumace
Marc-Antoine-Nicolas de La Motte de la Penissière
Époux de Jeanne de La Motte, domicilié à Bar-sur-Aube selon l'arrêt. Absent, il est jugé par contumace.
Statut judiciaire Condamné par contumace par l'arrêt du 31 mai 1786 à être fouetté, marqué des lettres G.A.L. sur l'épaule droite et envoyé aux galères à perpétuité ; ses biens sont confisqués.
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Accusé, déchargé
Alexandre de Cagliostro
Proche du cardinal de Rohan, poursuivi dans l'affaire. L'encyclopédie Larousse l'associe à la machination ; l'arrêt du Parlement le décharge des plaintes et accusations.
Statut judiciaire Déchargé des plaintes et accusations par l'arrêt du 31 mai 1786. Selon Thomas Jefferson, « on dit » que le roi lui ordonnera de quitter le royaume.
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Reine de France, dont le nom a été utilisé
Marie-Antoinette
Elle refuse le collier lorsqu'il est présenté à la cour en 1782. Elle n'a ni commandé ni autorisé l'achat conclu en son nom : l'arrêt du 31 mai 1786 déclare l'approbation et la signature qui lui étaient prêtées frauduleusement apposées et faussement attribuées à la reine.
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Joailliers, créanciers du collier
Charles-Auguste Böhmer et Paul Bassenge
Joailliers de la couronne selon le château de Versailles. Faute d'être payés, ils s'adressent à la reine, ce qui révèle la fraude.
06La justice
07Les suites
Selon Thomas Jefferson, le roi retire au cardinal sa charge de grand aumônier et l’exile en Auvergne. Il ajoute qu’« on dit » que Cagliostro recevra l’ordre de quitter le royaume, et que la marque et le fouet de Jeanne de La Motte seraient remis : ce sont des rumeurs rapportées quelques jours après l’arrêt. Selon le château de Versailles, Jeanne de La Motte a bien été marquée de la lettre V.
Selon le Metropolitan Museum of Art, le collier aurait été démonté et des pierres vendues à Londres.
Le scandale atteint durablement la réputation de la reine. Selon l’encyclopédie Larousse, Marie-Antoinette, « bien qu’étrangère à l’affaire », vit redoubler son impopularité et celle de la cour, et la décharge du cardinal aggrava encore l’atteinte portée à sa réputation.
08Chronologie
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1782
Les joailliers Böhmer et Bassenge présentent le collier à la cour ; la reine le refuse.
Établi -
11 août 1784
Rencontre nocturne au bosquet de la Reine, à Versailles : une femme se faisant passer pour Marie-Antoinette rassure le cardinal de Rohan sur sa faveur.
Établi -
1er février 1785
Le collier est remis au cardinal de Rohan, qui croit agir pour la reine ; il passe ensuite entre les mains de la comtesse de La Motte et de ses complices.
Établi -
12 juillet 1785
Böhmer s'adresse à la reine au sujet du collier.
Établi -
15 août 1785
Convoqué à Versailles, le cardinal de Rohan est arrêté dans la galerie des Glaces au sortir du cabinet du roi.
Établi -
5 septembre 1785
Par des lettres patentes données à Saint-Cloud, Louis XVI renvoie l'affaire devant le Parlement de Paris.
Établi -
10 avril 1786
Arrêt du Parlement sur la procédure par contumace contre Marc-Antoine-Nicolas de La Motte, absent.
Établi -
Mai 1786
L'affaire est jugée par le Parlement de Paris.
Établi -
31 mai 1786
Arrêt du Parlement : l'approbation et la signature de la reine sont déclarées fausses ; le cardinal de Rohan et Cagliostro sont déchargés des plaintes et accusations ; Jeanne de La Motte est condamnée au fouet, à la marque et à la détention perpétuelle ; Nicolas de La Motte, par contumace, aux galères à perpétuité ; Rétaux de Villette est banni à perpétuité ; Nicole Le Guay d'Oliva est mise hors de cour et de procès.
Établi -
Début juin 1786
Selon Thomas Jefferson, le roi retire au cardinal sa charge de grand aumônier et l'exile en Auvergne.
Établi -
1789
Jeanne de La Motte publie à Londres des mémoires présentés comme sa « justification complète ».
Témoignage -
1791
Mort de Jeanne de La Motte.
Établi
09Ce que l’on sait aujourd’hui
- Le collier a été obtenu en utilisant frauduleusement le nom de Marie-Antoinette, qui ne l’avait ni commandé ni autorisé : l’arrêt du 31 mai 1786 déclare l’approbation et la signature qui lui étaient prêtées frauduleusement apposées et faussement attribuées à la reine.
- Le cardinal de Rohan, qui croyait agir pour la reine, a été déchargé des plaintes et accusations, de même que Cagliostro.
- Jeanne de La Motte a été condamnée à être fouettée, marquée de la lettre V et enfermée à perpétuité ; son époux, par contumace, aux galères à perpétuité ; Rétaux de Villette a été banni à perpétuité du royaume ; Nicole Le Guay d’Oliva a été mise hors de cour et de procès.
Bilan documentaire
Cette fiche repose d’abord sur l’arrêt du Parlement du 31 mai 1786, consulté sur Gallica dans deux éditions (exposé de la procédure et dispositif). Elle s’appuie aussi sur le château de Versailles, l’encyclopédie Larousse, un article d’Étienne Madranges, une lettre de Thomas Jefferson écrite quelques jours après le jugement, et les notices de la BnF, de la Wellcome Collection et du Metropolitan Museum of Art. Les mémoires judiciaires des accusés et les pièces de la procédure n’ont pas été consultés.
10Les zones d’ombre
11Sources
Les informations de cette fiche s'appuient sur les documents suivants. Les sources primaires (presse de l'époque, décisions de justice, archives) sont privilégiées.
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Article
The affair of the diamond necklace, 1784-1785
Château de Versailles
Source institutionnelle (page modifiée le 23 août 2018) : présentation du collier en 1782 et refus de la reine ; rencontre nocturne du 11 août 1784 au bosquet de la Reine ; remise du collier le 1er février 1785 ; démarche de Böhmer le 12 juillet ; arrestation du 15 août dans la galerie des Glaces ; prix de 1,6 million de livres ; marque « V » de Jeanne de La Motte ; atteinte à la réputation de la reine.
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Encyclopédie
Affaire du Collier (1785-1786)
Encyclopédie Larousse
Prix de 1 600 000 livres ; autorisation royale falsifiée ; renvoi devant le Parlement par Louis XVI ; issue du procès le 31 mai 1786, présentée comme un acquittement du cardinal ; conséquences pour la reine. Associe Cagliostro à la machination, ce que l'arrêt ne retient pas.
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Article
Pourquoi le roi Louis XVI fait-il arrêter le cardinal de Rohan ?
Étienne Madranges, Journal spécial des sociétés, 26 octobre 2018
Article d'un magistrat honoraire citant le texte de l'arrêt du 31 mai 1786 pour Jeanne de La Motte, le cardinal de Rohan et Cagliostro ; arrestation par le baron de Breteuil. Le prix est donné comme « plus d'un million et demi » de livres.
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Archives
From Thomas Jefferson to William Stephens Smith
Thomas Jefferson, Founders Online, National Archives (États-Unis), 4 juin 1786
Lettre écrite de Paris quelques jours après l'arrêt : sort de Rétaux de Villette (« banished »), de Jeanne de La Motte, du cardinal (« acquitted totally »), de Cagliostro et de « Mademoiselle d'Olive » (« acquitted ») ; mesures du roi contre le cardinal ; rumeurs de grâce pour Jeanne de La Motte et d'expulsion pour Cagliostro.
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Décision de justice
Arrêt de la Cour de Parlement, rendu la Grand'Chambre assemblée, le trente-un mai 1786
Parlement de Paris, Gallica, Bibliothèque nationale de France, 31 mai 1786
Arrêt définitif, consulté sur captures d'écran : page de titre et exposé de la procédure (lettres patentes des 5 septembre et 26 décembre 1785, liste et qualités des accusés).
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Décision de justice
Procès de M. le cardinal de Rohan (Affaire du Collier) — Arrêt du Parlement du 31 mai 1786
Parlement de Paris, Gallica, Bibliothèque nationale de France, 31 mai 1786
Autre édition de l'arrêt, consultée sur captures d'écran : exposé des lettres patentes (prix de « seize cent mille livres »), procédure contre Rétaux de Villette et Nicolas de La Motte, et dispositif complet (pages 15 à 17) : faux « APPROUVÉ » et signature de la reine, peines de chacun des accusés, suppression des mémoires de Jeanne de La Motte.
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Ouvrage
Memoirs of the Countess de Valois de la Motte
Jeanne de Saint-Rémy de Valois, comtesse de La Motte, J. Ridgway, Londres (notice de la Wellcome Collection), 1789
Mémoires de l'accusée, présentés par leur titre comme une « justification complète » de sa conduite. Seule la notice a été consultée ; leur contenu relève de la défense de leur auteure.
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Encyclopédie
La Motte, Jeanne de Valois-Saint-Rémy (1756-1791 ; comtesse de)
Bibliothèque nationale de France
Notice d'autorité : dates de naissance et de mort, présentation.
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Archives
Répresentation Exacte du Grand Collier en Brillants des Srs. Boëhmer et Bassenge
Nicolas Antoine Taunay, The Metropolitan Museum of Art, n° 49.40.324, vers 1785
Eau-forte contemporaine représentant le collier. Selon la notice, le collier aurait été démonté et des pierres vendues à Londres. La notice présente le cardinal comme l'organisateur du stratagème, ce que contredisent l'arrêt qui le décharge et les autres sources : ce point n'est pas retenu.
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Encyclopédie
L'affaire du collier de la reine
Harrison W. Mark, World History Encyclopedia, 2022
Source secondaire, utilisée uniquement pour identifier Nicole Le Guay d'Oliva comme la femme ayant joué le rôle de la reine. Elle date la rencontre du 10 août 1784 et la situe au bosquet de Vénus.
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Dernière vérification de la fiche : 2 octobre 2026.

