L’affaire Patrick Henry
Troyes, 1976 : Philippe Bertrand, 7 ans, est enlevé puis tué. Au procès de janvier 1977, l'avocat général requiert la mort ; défendu notamment par Robert Badinter, Patrick Henry est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec circonstances atténuantes.
01Résumé
Le 30 janvier 1976, Philippe Bertrand, âgé de 7 ans selon le Journal de l’année 1976, est enlevé à Troyes. Son ravisseur téléphone à la famille pour fixer ses exigences. Patrick Henry, interpellé une première fois puis relâché faute de preuves, est arrêté le 17 février 1976 : le corps de l’enfant est retrouvé dans la chambre qu’il occupait dans une pension.
Le procès s’ouvre le 18 janvier 1977 devant la cour d’assises de l’Aube. L’avocat général requiert la peine de mort. La défense, assurée par Robert Bocquillon et Robert Badinter, fait de la peine capitale l’enjeu central des débats. Le 20 janvier 1977, Patrick Henry est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec circonstances atténuantes, ce qui écarte la peine de mort. Le procès est resté l’une des étapes marquantes du débat français sur la peine capitale, abolie en 1981.
02Contexte
Philippe Bertrand vit avec ses parents à Pont-Sainte-Marie, commune voisine de Troyes. Patrick Henry est un représentant de commerce de 25 ans, selon le Journal de l’année 1976.
L’affaire se déroule alors que la peine de mort est encore en vigueur en France. Le Journal de l’année 1977 rapproche ainsi le sort de Patrick Henry de celui d’autres accusés jugés à la même période, qui ont, eux, été condamnés à mort.
03Les faits
L’enlèvement
Selon la même source, la ligne de la famille est placée sur écoute, et un appel passé depuis une cabine à Bréviandes est interrompu par l’arrivée d’une estafette de la gendarmerie. Le ministre de l’Intérieur demande à la police de s’opposer à toute remise de rançon. Le Musée du barreau de Paris indique qu’une rançon d’un million de francs avait été demandée.
Les aveux sur la mort de l’enfant
04L’enquête
Une première arrestation
Un contact est pris avec le ravisseur par l’intermédiaire du curé de Pont-Sainte-Marie. Selon le Journal de l’année 1976, Patrick Henry est aperçu à plusieurs reprises en voiture près de l’endroit où la famille a déposé la rançon.
Avant son arrestation définitive, il accorde plusieurs interviews. Selon le Journal de l’année 1976 et un reportage de France 3 conservé par l’INA, il déclare notamment que le ravisseur de l’enfant « mérite la mort ».
L’arrestation et la découverte du corps
La médiatisation de l’affaire
La formule de Roger Gicquel est restée attachée à l’affaire : elle illustre l’émotion qu’elle a suscitée et le rôle qu’a pris la télévision dans son retentissement.
05Les protagonistes
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Victime
Philippe Bertrand
Enfant âgé de 7 ans selon le Journal de l'année 1976, dont la famille habite Pont-Sainte-Marie, près de Troyes. Enlevé le 30 janvier 1976.
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Condamné
Patrick Henry
Représentant de commerce, âgé de 25 ans selon le Journal de l'année 1976. Après une première interpellation, il est arrêté le 17 février 1976 et passe des aveux.
Statut judiciaire Condamné le 20 janvier 1977 par la cour d'assises de l'Aube à la réclusion criminelle à perpétuité, avec circonstances atténuantes. Libéré conditionnellement en 2001, condamné en 2003 à quatre ans de prison par le tribunal de Caen pour une affaire de stupéfiants, il bénéficie en septembre 2017 d'une suspension de peine pour raisons médicales et meurt le 3 décembre 2017.
-
Avocat de la défense
Robert Badinter
Avocat de Patrick Henry avec Robert Bocquillon. Devenu garde des Sceaux en 1981, il porte le projet de loi abolissant la peine de mort, selon le ministère de la Justice.
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Avocat de la défense
Robert Bocquillon
Avocat de Patrick Henry au procès de janvier 1977, avec Robert Badinter.
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Avocat général
Émile Fraisse
Représentant de l'accusation au procès ; il requiert la peine de mort, selon le Journal de l'année 1977 et le Journal spécial des sociétés.
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Président de la cour d'assises
René Sajols
Préside les débats de janvier 1977. Selon le Journal de l'année 1977, il entend les témoins de la défense avant ceux de l'accusation, contrairement à l'habitude.
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Journaliste
Roger Gicquel
Présentateur du journal de 20 heures de TF1, qu'il ouvre le 18 février 1976 par la formule « La France a peur ».
06La justice
Le procès
Selon le Journal de l’année 1977, les experts psychiatres concluent que l’accusé ne présente pas de troubles psychotiques. Le président entend les témoins de la défense avant ceux de l’accusation, contrairement à l’habitude.
La peine de mort au cœur des débats
La défense, assurée par Robert Bocquillon et Robert Badinter, fait citer des témoins opposés à la peine capitale : l’aumônier de la prison de la Santé, le professeur André Lwoff, prix Nobel, le docteur Roumajon et Jacques Léauté, selon le Journal de l’année 1977. Ce même annuaire relève que les deux avocats ont fait en sorte que le procès soit, plus que celui de Patrick Henry, celui de la peine de mort.
Le verdict
Selon le même annuaire, la décision déconcerte et déclenche de violentes réactions dans le public, à l’intérieur et à l’extérieur du palais de justice.
07Les suites
Selon Europe 1, Patrick Henry obtient plusieurs diplômes en détention et bénéficie d’une libération conditionnelle en 2001. Une question parlementaire du 7 mai 2001 indique que la juridiction régionale de libération conditionnelle de Basse-Normandie devait alors statuer sur son cas.
En octobre 2002, il est interpellé en Espagne en possession de cannabis. Interrogé à l’Assemblée nationale, le garde des Sceaux Dominique Perben déclare : « La société française a proposé à Patrick Henry une deuxième chance. Il ne l’a pas saisie. » En 2003, Patrick Henry est condamné à quatre ans de prison par le tribunal de Caen et retourne en détention.
En septembre 2017, atteint d’un cancer, il obtient du tribunal de Melun une suspension de peine pour raisons médicales. Il meurt le 3 décembre 2017, à 64 ans.
08La place de l’affaire dans l’histoire de l’abolition
Selon le ministère de la Justice, Robert Badinter, défenseur de Patrick Henry en 1977, devient garde des Sceaux en 1981 et porte le projet de loi abolissant la peine de mort, promulgué le 9 octobre 1981.
L’affaire ne suffit pas à expliquer l’abolition, qui s’inscrit dans un débat plus long. Les sources institutionnelles en font toutefois une étape importante : un reportage de France 3 conservé par l’INA relie ainsi les deux procès tenus à Troyes, celui de Buffet et Bontems et celui de Patrick Henry, à l’histoire de l’abolition.
09Chronologie
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30 janvier 1976
Vers midi, Philippe Bertrand, 7 ans, est enlevé à Troyes. Moins d'une heure plus tard, le ravisseur téléphone à la famille.
Établi -
31 janvier 1976
Selon les aveux ultérieurs de Patrick Henry, l'enfant est tué ce jour-là, vers 18 heures.
Témoignage -
13 février 1976 (selon le Journal de l'année 1976)
Première arrestation de Patrick Henry ; il est relâché après 48 heures de garde à vue, faute de preuves.
Établi -
17 février 1976
Arrestation de Patrick Henry ; le corps de l'enfant est découvert sous le lit de la chambre qu'il occupait dans une pension. Il passe ensuite des aveux.
Établi -
18 février 1976
Le journal de 20 heures de TF1 s'ouvre sur la formule de Roger Gicquel : « La France a peur ». Le ministre de l'Intérieur, Michel Poniatowski, s'exprime sur le crime.
Établi -
18 janvier 1977
Ouverture du procès devant la cour d'assises de l'Aube, à Troyes.
Établi -
20 janvier 1977
Verdict : réclusion criminelle à perpétuité avec circonstances atténuantes. La peine de mort, requise par l'avocat général, est écartée.
Établi -
17 septembre 1981
À l'Assemblée nationale, Robert Badinter, garde des Sceaux, présente le projet de loi d'abolition et évoque Patrick Henry dans son discours.
Établi -
9 octobre 1981
Promulgation de la loi abolissant la peine de mort.
Établi -
2001
Patrick Henry bénéficie d'une libération conditionnelle, selon Europe 1.
Établi -
Octobre 2002
Patrick Henry est interpellé en Espagne en possession de cannabis.
Établi -
2003
Il est condamné à quatre ans de prison par le tribunal de Caen et retourne en détention.
Établi -
Septembre 2017
Suspension de peine pour raisons médicales accordée par le tribunal de Melun : il est atteint d'un cancer.
Établi -
3 décembre 2017
Mort de Patrick Henry, à 64 ans.
Établi
10Ce que l’on sait aujourd’hui
- Philippe Bertrand, 7 ans, a été enlevé à Troyes le 30 janvier 1976 ; son corps a été découvert le 17 février 1976 dans la chambre qu’occupait Patrick Henry, qui est passé aux aveux.
- Patrick Henry a été jugé du 18 au 20 janvier 1977 par la cour d’assises de l’Aube et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec circonstances atténuantes, alors que l’avocat général avait requis la peine de mort.
- Le procès, dans lequel la défense a fait de la peine capitale l’enjeu central, est devenu l’une des étapes marquantes du débat français sur la peine de mort.
Bilan documentaire
Le déroulement des faits et du procès repose principalement sur le Journal de l’année (Larousse) de 1976 et de 1977, publié à l’époque des faits, et sur des notices de l’INA. La place de l’affaire dans l’histoire de l’abolition s’appuie sur le ministère de la Justice et sur le Journal officiel des débats de l’Assemblée nationale. Les suites sont documentées par des questions parlementaires et par la presse. L’acte d’accusation, l’arrêt de la cour d’assises et le livre de Robert Badinter, L’Abolition, n’ont pas été consultés.
11Les zones d’ombre
Ce qui reste incertain
12Sources
Les informations de cette fiche s'appuient sur les documents suivants. Les sources primaires (presse de l'époque, décisions de justice, archives) sont privilégiées.
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Ouvrage
Journal de l'année 1976 — Faits divers (p. 348)
Larousse
Annuaire publié à l'époque des faits : âge de l'enfant (7 ans) et de Patrick Henry (25 ans) ; enlèvement le vendredi 30 janvier 1976 à midi ; appels du ravisseur ; aveux sur la mort de l'enfant.
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Ouvrage
Journal de l'année 1976 — Faits divers (p. 349)
Larousse
Domicile de la famille à Pont-Sainte-Marie ; contact pris par l'intermédiaire du curé ; première arrestation le 13 février et garde à vue de 48 heures ; interviews de Patrick Henry ; arrestation et découverte du corps le 17 février ; aveux.
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Ouvrage
Journal de l'année 1977 — Faits divers (p. 334)
Larousse
Ouverture du procès le 18 janvier 1977 ; président René Sajols ; avocats Bocquillon et Badinter ; témoins de la défense ; expertise psychiatrique ; procès devenu celui de la peine de mort.
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Ouvrage
Journal de l'année 1977 — Faits divers, « Épilogues » (p. 335)
Larousse
Réquisitoire de l'avocat général Fraisse demandant la peine capitale ; circonstances atténuantes accordées, « donc la vie sauve, mais la détention à vie » ; réactions dans le public.
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Archives
Roger Gicquel: France is afraid
INA, 18 février 1976
Notice d'archive du journal de 20 heures de TF1 (réf. CAA87014358) : Roger Gicquel ouvre le journal par « La France a peur » pour annoncer le meurtre de l'enfant enlevé par Patrick Henry. Seule cette formule est retenue.
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Archives
Statement by Michel Poniatowski on Patrick Henry's crime
INA, 18 février 1976
Notice d'archive du journal de 20 heures de TF1 (réf. CAA7600248001) : déclaration du ministre de l'Intérieur sur le crime. Le résumé de la notice est en anglais.
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Documentaire
L'abolition de la peine de mort en France, une histoire troyenne
INA (reportage France 3), 2 janvier 2000
Notice d'un reportage rétrospectif reliant les procès Buffet-Bontems et Patrick Henry, tous deux tenus à Troyes ; déclarations de Patrick Henry à la presse avant son arrestation. La notice donne à l'enfant l'âge de 8 ans.
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Article
Robert Badinter, garde des Sceaux 1981-1986
Ministère de la Justice
Source institutionnelle : Badinter défend en 1977 Patrick Henry, « reconnu coupable de l'enlèvement et du meurtre d'un enfant » ; extrait de la plaidoirie ; étapes de la loi d'abolition jusqu'à sa promulgation le 9 octobre 1981.
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Archives
Assemblée nationale — Compte rendu intégral, 1re séance du jeudi 17 septembre 1981
Journal officiel de la République française, 17 septembre 1981
Discours de Robert Badinter présentant le projet de loi d'abolition, dans lequel il évoque Patrick Henry.
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Article
Robert Badinter raconte comment le procès de Patrick Henry est devenu celui de la peine de mort
B. Pasteau, Europe 1, 2020
Témoignage de Robert Badinter sur sa stratégie de défense : il s'agit du récit d'un protagoniste.
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Article
Patrick Henry, la France a peur
Cindy Geraci, Musée du barreau de Paris, octobre 2021
Synthèse rétrospective : procès du 18 au 20 janvier 1977 ; corps retrouvé sous le lit ; seule source consultée mentionnant une rançon d'un million de francs.
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Article
Grands procès et risques judiciaires — Les cas Patrick Henry et Dieter Krombach
M.-A. Bailly, Journal spécial des sociétés, 2021
Presse juridique rétrospective : verdict du 20 janvier 1977 ; avocat général Émile Fraisse. Le décompte des voix et la règle de majorité qu'elle mentionne ne sont pas retenus, faute de source primaire.
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Article
Article sur la peine de mort, AJ Pénal, hors-série
François Saint-Pierre, Dalloz, AJ Pénal, novembre 2023
Doctrine rétrospective : les circonstances atténuantes votées par les jurés excluaient, selon le code pénal alors en vigueur, la peine de mort.
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Archives
Question écrite n° 60765
Assemblée nationale, 7 mai 2001
Question parlementaire indiquant que la juridiction régionale de libération conditionnelle de Basse-Normandie s'apprête à statuer sur le cas de Patrick Henry.
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Archives
Question au gouvernement n° 41
Assemblée nationale, 10 octobre 2002
Question de François Baroin après l'interpellation de Patrick Henry en Espagne ; réponse du garde des Sceaux Dominique Perben.
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Archives
Question n° 0079G et réponse du garde des Sceaux
Sénat, 31 janvier 2003
Réponse du garde des Sceaux indiquant que l'Espagne a renoncé à poursuivre Patrick Henry et qu'il rejoindra la France.
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Article
Patrick Henry va-t-il retrouver la liberté ?
Europe 1, 7 janvier 2016
Diplômes obtenus en détention ; libération conditionnelle de 2001 ; interpellation en Espagne en octobre 2002 ; condamnation à quatre ans de prison par le tribunal de Caen.
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Article
En détention depuis 40 ans, Patrick Henry atteint d'un cancer va-t-il sortir de prison ?
Tendance Ouest, 15 septembre 2017
Demande de suspension de peine pour raisons médicales examinée par le tribunal de Melun.
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Article
French child murderer in famous case to be released
Associated Press, Fox News, 15 septembre 2017
Dépêche annonçant la libération de Patrick Henry pour raisons médicales.
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Article
Le meurtrier Patrick Henry est mort
M. Vinhas, VL-Media, 3 décembre 2017
Annonce du décès de Patrick Henry, à 64 ans, d'un cancer, d'après France Inter.
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Dernière vérification de la fiche : 5 octobre 2026.